25 novembre 2005
Le Grand Dérangement
Après un premier volet historique sur le Québec et son taux de natalité
élevé, je vais essayer d'expliquer pourquoi les Acadiens sont un tout
petit peu dérangés.
L'Acadie n'est pas le Québec et réciproquement. Il s'agit d'une zone
intermédiaire située entre feue la Nouvelle Angleterre et feue la
Nouvelle France. Autrement dit, ça bardait grave entre les Britaniques
et les Français qui voulaient s'approprier cette partie du continent,
comme si ce qu'ils avaient déjà ne leur suffisait pas.
En
1714, la
France perd l'Acadie au profit de la Grande Bretagne lors du Traité
d'Utrecht. Les Acadiens prêtent alors - un peu forcés il faut l'avouer
- un serment d'allégeance en obtenant la promesse de devenir des
citoyens neutres. Mais quelques années plus tard, lors d'une énième
guerre franco-britanique et moyennant quelques bonnes bastons et
quelques trahisons pas piquées des hannetons, les britaniques se
mettent à considérer que tout compte fait ce serait pas si mal si de
s'approprier les terres des acadiens, d'obliger ces derniers à se
convertir et d'éloigner un peu les récalcitrants. Nan mais c'est vrai
quoi, ils font
chier ces francophones à pas être anglais!
Et là, c'est le drame: les Acadiens sont déportés vers des colonies américaines, vers les Antilles, la France et la Louisiane - la Louisiane où les cajuns réussiront tant bien que mal à conserver leur langue d'origine, même si ces cons d'Américains (eux aussi) ne les ont pas trop aidés (c'est vrai que de menacer les cajuns d'aller en prison s'ils parlaient français les a quand même fait un peu hésiter).
Tout est bien qui finit mal. Si la langue française au Québec ne disparaîtra pas de sitôt, on se demande quel sort est réservé aux cajuns de Louisiane, aux petites localités marginales du Canada cernées par une anglophonie galopante et menacées d'assimilation linguistique et culturelle. Là c'est tout de suite moins drôle. Les acadiens ont été dérangés, la francophonie a été dérangée, et même sans être acadienne, ça me dérange un peu aussi. A moins que ce soit les moules de ce midi que je digère mal.
16 novembre 2005
Les filles du Roy
Aujourd'hui, ouvrons une page d'histoire... et une nouvelle catégorie.
Tout
un chacun se demande pourquoi diable la mère de Céline Dion a eu 14
enfants. Si si, c'est une question fondamentale. Parceque bon, même
dans les campagnes reculées de France au 19ème siècle nos
arrière-grand-mères n'en avait pas autant, bien que ce soit quand même
bien pratique d'en avoir au moins 8 pour les envoyer travailler à la
mine et gagner plein de sous. Ceci dit, quelquefois il n'y avait pas de
mine dans le coin et du coup on les faisait travailler dans les champs.
Mais revenons-en à Céline Dion. Sa mère ne l'a pas envoyée ni à la mine ni aux champs, mais elle lui a dit "ma
fille, tu feras chanteuse-super-connue et tu nous aideras quand ton
père et moi serons à la retraite. Tu auras même assez d'argent pour
prendre des cours de golf à Las Vegas". A ces mots, la Céline ne
se tint pas de joie: elle en avait vraiment ras la tuque de jouer au
golf dans la neige parcequ'elle retrouvait jamais la balle. Donc ce qui
fut dit fut fait, et maintenant Céline joue sur de l'herbe bien verte.
Mais
j'ai oublié de vous parler de l'Histoire. 14 enfants, c'était
quelquechose de bien ordinaire à l'époque de la mère de Céline. Et
c'est là que ça devient intéressant: tout ça, c'est la faute à Louis
XIV. En l'an de grâce 1660 et des brouettes, il fut décidé d'envoyer en
Nouvelle France des jeunes orphelines françaises qui faisaient rien
qu'à encombrer l'Ancienne France (les feignasses). Moyennant une dote
substantielle, les
demoiselles avaient pour mission d'épouser les colons mâles français (à
l'époque, le Canada n'existait pas et le mariage homosexuel était encore interdit) et de faire plein de bébés. Le plus possible. Et surtout, si
jamais elles devenaient veuves, elles étaient fortement incitées à se
remarier, et ce même si ça faisait déjà 3 maris qu'elles enterraient.
Mais je
m'égare.
Des bébés, donc, il y en a eu des tas et des tas, même
que le roi était très content d'assoir un peu plus sa puissance grâce à
cette ingénieuse politique de peuplement, histoire de faire la nique aux
anglais. Bon évidemment il pouvait pas deviner qu'un de ces
jours on demanderait aux descendants de ces bébés de bien vouloir
dégager-plus-loin-merci-on-a-gagné-et-pas-vous. Mais j'en parlerai dans
un autre post.
Toujours est-il que les québecois ont pris
l'habitude de faire beaucoup d'enfants, même si à Noël c'était un peu
chiant de dépenser toutes ses économies pour offrir des cadeaux à la
famille. Céline, elle appelle ça THE POWER OF LOVE. C'est beau, non?
Bon
bien sûr aujourd'hui les québecoises se sont un peu calmées sur les
enfants (1,45 enfants par femme en 2004). Imaginez-vous un peu en train
de faire la bouffe pour 16 personnes après avoir passé la journée au
bureau. Et puis essayez aussi d'aller chez H&M avec 14 mômes qui
veulent tous acheter le dernier débardeur créé par Stella McCartney! C'est la raison pour laquelle 1,45 enfants sont plus
faciles à gérer. Et en plus, le 0,45ème est vachement moins pénible que
son frêre.
Ce post a été vaguement inspiré par le livre Elles étaient les filles de La Rochelle de Bernard Morasin.
